Partager l'article ! L'arrivée de la reine Victoria au Tréport le 2 septembre 1843: Journal de voyage ...
Bienvenue chez les Tréportais !
Je vous invite à un voyage dans notre jolie cité portuaire,
Nichée au pied des plus hautes falaises d'Europe.
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Bonne lecture.
Journal de voyage du sieur Comard : représentant en bonneterie
Samedi 2 septembre 1843 au Tréport-17 heures
Voilà près de cinq heures que je suis installé au Musoir et je domine le quai. Une tente surmontée du drapeau tricolore y a été installée. Une immense population couvre la jetée et s’étend tout au long de la route qui conduit à Eu.
Toutes les dix minutes, les canons des batteries tonnent.
Il y a environ une demi-heure, des voitures attelées de six chevaux ont amené le roi et sa suite et tout ce beau monde est entré sous la tente.
La rade est couverte de steamers français et anglais.
Mais, un mouvement de foule se produit à l’instant tout le long du quai.
Je vois le roi qui s’avance vers le canot royal manœuvré par vingt-quatre rameurs habillés de bleu avec des ceintures rouges. Le souverain va se porter au-devant de la reine d’Angleterre. A ses côtés je distingue deux de ses fils, les ducs d’Aumale et de Montpensier.
D’autres personnages que je ne connais pas viennent les rejoindre : mes voisins me citent M. Guizot, le maréchal Sébastiani, lord Cowley et le comte de Saint-Aulaire, notre ambassadeur à Londres.
Au loin, sur la mer, je distingue le yacht royal anglais Victoria and Albert.
Tandis que le canot royal s’éloigne, la reine des français et sa fille, reine des belges s’avancent vers la jetée Charlotte accompagnées du comte de Paris, de la duchesse d’Orléans et des princesses.
Un escadron du 1er régiment de carabiniers vient prendre place le long du quai tandis qu’un bataillon d’infanterie prête main-forte à la garde nationale pour contenir la foule des curieux.
Samedi 2 septembre 1843 au Tréport-21 heures
Je viens de circuler dans la ville en liesse. Toute la population est dans la rue et commente l’arrivée de la reine Victoria qui doit, à cette heure, se reposer au château d’Eu des fatigues de la traversée.
Dans les estaminets restés ouverts on commente les chances de l’amitié franco-anglaise et les femmes parlent des robes et des coiffures de toutes les jolies dames entrevues.
Je suis fourbu mais encore tout émerveillé du spectacle qui m’a été donné de voir tout à l’heure.
Quand le canot royal qui était allé au-devant de la reine rentra dans le chenal, la batterie tira des salves d’honneur et la musique militaire attaqua le God save the Queen.
Les cris de « Vive la reine d’Angleterre » retentirent sur tous les points de la jetée, des quais et des falaises, couvrant les tambours et les clairons sonnant « Aux champs ».
La reine Marie-Amélie, sa suite, ainsi que les autorités du Tréport furent présentés à la reine d’Angleterre, dès que celle-ci eut fait son apparition en haut de l’escalier. Victoria, portant ample robe noire et chapeau jaune orné d’une grande plume blanche, s’avança alors au milieu d’une haie de carabiniers, sabres au clair, et pénétra dans la tente. Là, vinrent la rejoindre le prince Albert, son mari, lord Liverpool, grand maître de sa maison, et un officier anglais fort médaillé qu’on m’indiqua comme étant lord Adolphe Fitz Clarence, commandant du yacht royal.
Puis, ce fut le départ pour le château d’Eu. Huit chevaux bais tiraient la première voiture où avaient pris place la reine Victoria, le prince Albert, le roi et la reine des français.
Aux portières caracolaient le prince de Joinville en uniforme d’amiral, le duc d’Aumale en uniforme de lieutenant général, et le duc de Montpensier en uniforme de capitaine de cavalerie.
D’autres voitures suivaient avec les invités. Pour fermer la marche, l’escadron de carabiniers qui bientôt ne laissa plus sur la route royale qu’un nuage de poussière.
Vendredi 8 septembre 1843 à Dieppe
Je suis à Dieppe pour la grande foire. Je n’ai malheureusement pas pu retourner au Tréport pour assister, hier, au départ de la reine d’Angleterre.
Un voyageur, rencontré ce matin, m’a raconté que ce départ s’était effectué au milieu de l’enthousiasme général et que la souveraine avait promis de revenir en France. Il m’a même raconté qu’avant de regagner Brighton, elle avait accueilli nos souverains à bord du Victoria and Albert pour le leur faire visiter.
Puisse cette visite sceller entre nos deux pays une véritable entente cordiale.
Témoignage recueilli par Bernard Cadou (Histoire du Tréport)
Morel-Fatio le Tréport, arrivée de la reine Victoria, 1843
Gravé par Outhwaite, en illustration du livre de Jules Janin, la Normandie publié en 1843.
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